La N-VA souhaite-t-elle la fin de la Belgique?
La N-VA ne veut mener aucune révolution et ne cherche pas de sécession. Cependant, nous désirons que la Belgique évolue afin de se doter de structures plus démocratiques et plus efficaces. Aussi entendons-nous procéder par étapes. Nous croyons en une évolution graduelle dans le cadre de laquelle un nombre croissant de compétences sont transférées à la Flandre et à l’Europe et où le niveau fédéral disparaît progressivement. Notre but final est, en effet, une Flandre indépendante en tant qu’Etat membre européen, mais le chemin pour y parvenir est jalonné d’étapes et doit être parcouru dans le respect de la démocratie.
La N-VA souhaite-t-elle la fin de la solidarité avec la Wallonie?
Absolument pas, mais cette solidarité doit être transparente, objective et efficace. Le montant des transferts actuels entre la Flandre et la Wallonie et Bruxelles varie selon les études consultées. Néanmoins, l’évaluation la plus prudente estime ce transfert à environ 6 milliards d’euros par an. Les Flamands sont donc peut-être les citoyens les plus solidaires d’Europe. La N-VA ne souhaite pas mettre un terme à cette solidarité ; elle veut tout d’abord la rendre plus transparente et objective et, ensuite, l’organiser afin de responsabiliser les entités fédérées en matière de revenus et de dépenses. A l’instar des fonds de cohésion au sein de l’Union européenne, les flux de solidarité dans notre pays ont pour but d’aider les régions qui éprouvent le plus de difficultés lors de périodes plus instables, mais également de les encourager à devenir plus fortes et plus florissantes afin de ne pas dépendre éternellement de ce principe de solidarité.
Pourquoi la N-VA souhaite-t-elle davantage d’autonomie?
La Belgique est le seul Etat fédéral au monde dénué de démocratie fédérale. A la fin des années 60, les partis politiques traditionnels (démocrates-chrétiens, socialistes, libéraux) se sont scindés pour former des partis francophones et flamands distincts car ils ne parvenaient plus à rédiger un programme commun. L’opinion publique des Flamands et des Wallons est de plus en plus divergente, ils disposent de leurs propres médias, de leur propre langue, d’une économie très différente… Petit à petit, la Belgique est devenue la somme de deux démocraties distinctes qui s’engagent sur des voies séparées tant sur le plan culturel et politique que socioéconomique.
Par conséquent, des entités fédérées plus autonomes dans la gestion de leur propre communauté seraient plus démocratiques et plus efficaces. L’inefficacité des structures belges coûte très cher au pays, nos impôts comptent parmi les plus élevés d’Europe et nos allocations et retraites parmi les plus faibles. Il est nécessaire de procéder de toute urgence à des réformes, à l’instar d’autres pays européens qui se sont engagés sur cette voie. Les points de vue opposés des Flamands et des Wallons ne nous permettront malheureusement pas d’y parvenir. Cet immobilisme met en péril le bien-être de l’ensemble de la population. Par conséquent, la N-VA souhaite que le centre de gravité de la politique socioéconomique se déplace vers les entités fédérées afin que cette politique corresponde mieux aux besoins de leurs habitants et économies respectifs. Ensuite, les deux entités fédérées peuvent s’accorder sur des compétences communes au niveau fédéral, telles que la défense et les affaires étrangères, des compétences qui, nous l’espérons, seront exercées un jour par l’Union européenne.
Pourquoi souhaiter une réduction d’échelle à l’époque de la mondialisation?
Nombreux sont ceux qui affirment régulièrement que la Flandre serait trop petite au sein d’une Europe en constante expansion. Ce point de vue est erroné car il crée une contradiction entre l’élargissement d’échelle (mondialisation) et la réduction d’échelle (localisation). Ces deux processus ne sont pas opposés, ils sont complémentaires : la mondialisation favorise la localisation. Les gros Etats multinationaux ne sont pas nécessaires pour jouer un rôle efficace sur la scène internationale. Tel est le paradoxe de la « glocalisation ». A ce propos, dans leur livre « The Size of Nations », les professeurs Alesina et Spolaore ont été les premiers à ne plus considérer dans la théorisation économique les Etats actuels comme des données définitives mais en tant que paramètres modifiables.
La mondialisation apporte sans cesse son lot de nouveaux défis qu’il convient d’aborder au niveau supranational. Dès lors, l’Union européenne s’impose au macro-niveau. Les compétences qui requièrent une approche supranationale doivent dès lors être transférées aux instances européennes. Il s’agit, entre autres, de la monnaie, de la défense, de l’immigration, du marché interne, de l’énergie, etc. En revanche, les compétences qui traitent de thèmes plus proches des citoyens doivent être transférées à la Flandre. Pour la N-VA, la Flandre constitue le meilleur micro-niveau.
La Belgique offre peu de rendements d’échelle en raison de sa petite taille mais elle fait face à d’énormes coûts d’hétérogénéité dus à l’addition permanente de la démocratie flamande et wallonne. C’est la raison pour laquelle la N-VA opte résolument pour la Flandre et l’Europe comme niveaux de compétence principaux au-delà du niveau local. Les compétences dont les rendements d’échelle sont supérieurs aux coûts d’hétérogénéité doivent être exercées par l’Europe. En revanche, celles dont les coûts d’hétérogénéité sont trop importants doivent être assumées par la Flandre.
La Flandre n’est-elle pas trop petite pour être capable de s’en sortir seule?
Parmi les 10 pays les plus prospères dans le monde, seul l’un d’entre eux compte plus d’habitants que la Flandre, à savoir les Etats-Unis. La petite taille de l’Etat n’est donc pas un problème, pour autant que l’on prenne part de manière ouverte et efficace à la mondialisation. Par exemple, un pays tel que le Danemark compte environ autant d’habitants que la Flandre et se trouve en tête de tous les classements européens.
Que deviendra Bruxelles si la Flandre devient indépendante?
Si la Belgique existe encore quelque part, c’est à Bruxelles. Alors que la Flandre et la Wallonie s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre en termes de croissance, Bruxelles est plus que jamais considérée comme l’enfant issu de l’union vouée au divorce entre Flamands et Wallons. Les parents doivent continuer à veiller sur cet enfant. Bruxelles est en outre la capitale officieuse de l’Europe et abrite de nombreuses institutions internationales. Cette ville reste dès lors très importante pour la Flandre, bien que la population flamande de Bruxelles se soit largement réduite. La N-VA ne veut donc certainement pas abandonner Bruxelles. D’un point de vue historique, Bruxelles est une ville flamande et, sur le plan géographique, elle se trouve en Flandre. Mais au fil des ans, Bruxelles est également devenue une ville francophone et peuplée de groupes ethniques issus de tous horizons. Aucun groupe ethnique n’a le droit de s’approprier Bruxelles comme bon lui semble. En cas d’un démantèlement plus important de la Belgique, il conviendra de trouver une solution adaptée à Bruxelles, lui permettant d’être gérée tant par des Flamands que par des francophones tout en respectant les groupes ethniques qui y vivent.